Page:Jules Vallès - L'Enfant.djvu/112

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Rosée ne tenait par aucun fil à l’autorité. Il y avait plus ; son oncle, conseiller municipal, avait eu maille à partir avec l’administration. Je pouvais y faire.

Et à chaque coup de poing que je lui portais, à ce malheureux, je me figurais que je semais une graine, que je plantais une espérance dans le champ de l’avancement paternel.

Grâce à cette bonne aventure, j’échappai au plus épouvantable des dangers, celui d’être — comme fils de professeur — persécuté, isolé, cogné. J’en ai vu d’autres si malheureux !

Si cependant mon père m’avait défendu de me battre ; si Rosée eût été le fils du maire ; s’il avait fallu au contraire être battu ?…

On doit faire ce que les parents ordonnent ; puis c’est leur pain qui est sur le tapis. Laisse-toi moquer et frapper, souffre et pleure, pauvre enfant, fils du professeur…

Puis les principes !

« Que deviendrait une société, disait M. Beliben, une société qui… que… Il faut des principes… J’ai encore besoin d’un haricot… »

J’eus la chance de tomber sur Rosée.

Où qu’il soit dans le monde, s’il est encore vivant, que son nez reçoive mes sincères remerciements :


Calice à narines, sang de mon sauveur,
Salutaris nasus, encore un baiser !


… J’ai été puni un jour : c’est, je crois, pour avoir roulé sous la poussée d’un grand, entre les jambes