Page:Jules Vallès - L'Enfant.djvu/292

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j’ai le nez. Je représente bien l’homme tel qu’un philosophe l’a dépeint, un tube percé par les deux bouts.


Rien de meilleur pour une tête d’enfant, dit le proviseur parlant de l’exercice de purification nasale dont ma mère lui a parlé. Rien de meilleur pour en faire une pâte, oui.

Je suis malgré ou balgré tout, — avec ou sans atchiou, atchoum, — d’une force énorbe en récitation. Ma mémoire prend ça comme mon nez prend l’eau, et je renifle des chants entiers de l’Iliade et des chœurs d’Eschyle, du Virgile et du Bossuet, — mais ça part comme c’est venu. J’oublie le Bossuet comme on oublie l’aloès bienfaisant.


LES MATHÉMATIQUES


« Il a une imagination de feu, cet enfant. »

C’est acquis. Je suis un petit volcan (dont la bouche sent souvent le chou : on en mange tant à la maison !)


« Une imagination de feu, je vous dis ! ah ! ce n’est pas lui qui sera fort en mathématiques ! »


On a l’air d’établir qu’être fort en mathématiques c’est bon pour ceux qui n’ont rien .

Est-ce qu’à Rome, à Athènes, à Sparte, il est question de chiffres, une minute ! Justement je n’aime pas