Page:Kant-Traité de pédagogie (trad. Barni), 1886.pdf/8

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PRÉFACE


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Il existe contre Kant un préjugé par lequel sa mémoire expie l’admiration et comme le culte philosophique dont elle est l’objet. De même qu’une partie de la vérité fait le plus souvent tort aux autres parties, il est rare qu’on soit également juste pour tous les côtés d’un grand homme. Il en est un par lequel et pour lequel on l’admire, et peu à peu le reste de sa figure s’efface et s’oublie. L’admiration abstrait et appauvrit. Cela est vrai même pour les grands penseurs et les grands écrivains. Si quelques-uns de leurs livres font passer les autres à la postérité, c’est dans une sorte de pénombre et comme diminués par un trop éclatant voisinage. C’est ainsi que Kant n’est pour nous que l’auteur des trois Critiques et de quelques ouvrages qui en sont la préface et le commentaire. Sa philosophie dès lors passe pour inaccessible à quiconque n’est pas initié ; et disons que quelques-uns de ses disciples ont encouragé ce parti pris, en renchérissant sur l’obscurité de certaines formules et en se constituant les gardiens peu engageants de la doctrine. Aussi a-t-on peine à se représenter Kant tel qu’il fut, professeur à la mode, homme du monde, sans que rien ait été ôté par le monde à l’austérité et à la régularité de sa vie. On


Thamin. — Pédag. de Kant. 1