Page:Kant - Anthropologie.djvu/73

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d’une grande intensité, attendu qu’une ingestion interne de cette nature peut être nuisible à l’animal.

Mais comme il y a également une ingestion spirituelle qui consiste dans la communication des pensées, et comme l’âme peut ne pas trouver de son goût cet aliment spirituel, lorsqu’il nous est imposé, tout malsain qu’il est cependant pour nous (comme par exemple le retour de mots qui ont constamment la prétention d’être spirituels ou plaisants, et qui sont insupportables par cette uniformité même), la propension de la nature à s’en affranchir est aussi appelée dégoût, par analogie, quoiqu’il appartienne au sens intime.

L’odorat est comme un goût à distance, et ceux qui nous environnent sont contraints de s’y soumettre, bon gré, mal gré ; ce qui fait qu’il est contraire à la liberté, moins sociable que le goût. Le convive peut choisir à sa convenance entre un certain nombre de mets ou de vins, sans que d’autres soient obligés de se conformer à ses goûts. Les choses malpropres sont peut-être moins révoltantes pour l’œil et le palais que par la mauvaise odeur qu’on en redoute. Car l’intussuception par les voies respiratoires (dans les poumons) est encore plus intime que celle qui s’accomplit par les vaisseaux absorbants de la bouche et du gosier. Plus les sens sont affectés vivement pour un degré d’impressions données, moins ils nous instruisent. Réciproquement, s’ils sont très instructifs, ils sont peu affectifs. On ne voit (on ne distingue) rien à une lumière éblouissante, et une voix de stentor assourdit (comprime la pensée).