Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/10

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bien qu’il évite de se prononcer lui-même sur le manque absolu d’expressions dont se plaint la Critique dans son propre champ, comme s’il ne s’agissait pour elle que de dissimuler partout la pauvreté des idées. — Je veux cependant qu’on s’égaye beaucoup plus sur le compte des pédants qui fuient la popularité[1] que sur celui des ignorants sans critique[2] (il est juste en effet de ranger dans cette dernière classe ces métaphysiciens entichés de leur système qui repoussent toute critique, quoiqu’ils n’ignorent volontairement que ce qu’ils ne veulent pas entendre, ou ce qui ne rentre pas dans leur vieille routine). Mais si, comme le dit Shaftesbury, ce n’est pas une pierre de touche à dédaigner, quand on veut juger de la vérité d’une doctrine (particulièrement d’une doctrine pratique), que de voir si elle supporte le rire, les philosophes critiques pourraient bien avec le temps avoir aussi leur tour, et rire d’autant mieux qu’ils riraient les derniers : ils n’ont qu’à regarder comment les systèmes de ceux qui parlèrent longtemps si haut s’écroulent les uns après les autres comme des châteaux de cartes[3] et perdent tous leurs partisans ; car c’est là le sort qui leur est inévitablement réservé.

Vers la fin de l’ouvrage j’ai donné à quelques sec-

  1. Ueber den unpopulaeren Pedanten.
  2. Ueber den unkritischen Ignoranten.
  3. Je me sers de cette expression pour traduire l’épithère que Kant donne aux systèmes dont il parle ici : papiernen Systeme, mot à mot des systèmes de papier. J.B.