Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/14

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avoir [Note de l’auteur 1] (pas même à la connnaissance de nous-mêmes). C’est que, tandis que les sensations mêmes, outre la qualité que leur communique la nature du sujet (celles par exemple du rouge, du doux, etc.), peuvent être aussi rapportées à des objets comme éléments de connaissance, le plaisir ou la peine (lié au rouge ou au doux) n’exprime absolument rien qui appartienne à l’objet, mais seulement quelque chose de relatif au sujet. Il est impossible de définir avec plus de précision le plaisir et la peine considérés en eux-mêmes, et la raison en est justement celle qui vient d’être donnée ; tout ce qui reste à faire est d’indiquer les conséquences qu’ils peuvent avoir sous certains rapports, afin d’en faire connaître les applications.

On peut désigner sous le nom de plaisir pratique celui qui est nécessairement lié au désir (de l’objet dont la représentation affecte ainsi le sentiment), qu’il soit d’ailleurs la cause ou l’effet du désir. On pourrait au contraire appeler du nom de plaisir purement contemplatif, ou de satisfaction spéculative[1], le plaisir

  1. Unthaetiges Wohlgefallen.

  1. On peut en général définir la sensibilité la partie subjective de nos représentations ; car l’entendement rapporte tout d’abord les représentations à un objet, c’est-à-dire qu’il ne pense quelque chose qu’au moyen de ces représentations. Or, ou bien l’élément subjectif de notre représentation est de telle espèce qu’il peut être rapporté à un objet ou à la connaissance que nous en avons (quant à la forme ou quant à la matière ; dans le premier cas, il s’appelle intuition pure ; dans le second, sensation). Alors la sensibilité, comme capacité de recevoir la représentation ainsi conçue, est le sens. Ou bien il ne peut être considéré comme un élément de connaissance, parce qu’il ne renferme qu’une relation de la représentation au sujet, et qu’il ne contient rien qui puisse servir à la connaissance de l’objet ; et alors cette capacité de la représentation est le sentiment, lequel indique l’effet de la représentation (qu’elle soit sensible ou intellectuelle) sur le sujet, et appartient à la sensibilité, quoique la représentation même puisse appartenir à l’entendement ou à la raison.