Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/18

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l’arbitre que la forme qui rend les maximes de celui-ci propres à servir de lois universelles ; et, comme les maximes de l’homme, qui dérivent de causes subjectives, ne s’accordent pas toujours d’elles-mêmes avec ces lois objectives, elle doit nécessairement les prescrire comme des impératifs qui défendent et ordonnent.

On appelle morales ces lois de la liberté pour les distinguer de celles de la nature. En tant qu’elles ne portent que sur des actes extérieurs et sur leur légitimité, on les nomme juridiques ; que si elles exigent en outre qu’on les prenne elles-mêmes pour principes déterminants des actions, elles sont alors éthiques[1] ; on donne le nom de légalité à la conformité des actions avec les premières, et celui de moralité à leur conformité avec les secondes. La liberté, à laquelle se rapportent les premières lois, ne peut être autre chose que l’exercice extérieur de la liberté ; celle à laquelle se rapportent les dernières est la liberté dans l’exercice à la fois extérieur et intérieur de l’arbitre, en tant qu’il est déterminé par des lois rationnelles. C’est ainsi que, dans la philosophie théorétique, on dit que les objets des sens extérieurs ne sont que dans l’espace, tandis que tous les objets, aussi bien ceux des sens extérieurs que ceux du sens intime, sont dans

  1. Ethisch. Quoiqu’il n’y ait entre ce mot et celui de moralisch, dont il s’est servi tout à l’heure, d’autre différence, sinon que l’un vient du grec et l’autre du latin, Kant le réserve pour exprimer par un mot particulier l’idée qu’il veut déterminer ici. Je dois suivre son exemple. Malheureusement l’expression éthique ne s’emploie guère en français comme adjectif ; toutefois, outre l’excuse de la nécessité, je puis invoquer l’autorité de Montaigne, qui dit en parlant de Tacite : C’est une pépinière de discours éthiques. J. B.