Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/23

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vrons souvent prendre pour objet la nature particulière de l’homme, que nous ne connaissons que par l’expérience, afin d’y montrer les conséquences des principes universels de la morale, sans rien leur ôter pour cela de leur pureté, et sans ébranler le moins du monde leur origine à priori. — En d’autres termes, on ne peut fonder la métaphysique des mœurs sur l’anthropologie, mais on peut l’y appliquer.

Le pendant de la métaphysique des mœurs, ou la seconde division de la philosophie pratique en général, serait une anthropologie morale, qui ne contiendrait que les conditions subjectives, favorables ou contraire, de l’exécution des lois de la première dans la nature humaine, par exemple les moyens d’inculquer, de propager et de fortifier les principes moraux (par l’éducation, par l’instruction scolaire et populaire), et d’autres règles ou préceptes du même genre fondés sur l’expérience. Cette seconde partie de la philosophie pratique est indispensable, mais il ne faut pas la placer avant la première ou l’y mêler ; car on courrait alors le risque d’arriver à des lois morales fausses, ou au moins trop indulgentes, qui représenteraient à tort comme inaccessible ce que l’on n’atteindrait pas uniquement parce que la loi morale ne serait point considérée et exposée dans toute sa pureté (car c’est là justement qu’est sa force) ; ou bien même on en viendrait à substituer à ce qui est en soi bon et conforme au devoir des mobiles bâtards ou grossiers, qui ne laisseraient debout aucun principe moral capable soit de guider notre jugement, soit de discipliner notre âme dans la pratique du devoir, dont les préceptes doivent