Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/51

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tera elle-même les pertes que d’autres ont essuyées à son service, et qu’elle est priée de réparer, quoique, suivant le droit strict, elle pût rejeter cette demande, sous prétexte qu’ils s’y sont exposés à leurs risques et périls.

Cette sentence (dictum) : « l’extrême droit est l’extrême injustice (summum jus, summa injuria) » est donc celle de l’équité ; mais c’est là un mal auquel on ne peut trouver de remède dans la voie même du droit[1], quoiqu’il s’agisse d’une chose fondée en droit[2] ; car l’équité ne ressort que du tribunal de la conscience[3](forum poli), tandis que toute question de droit proprement dit[4] est de la compétence du tribunal civil[5] (forum soli s. civile).


II.
DROIT DE NÉCESSITÉ.
(Jus necessitatis.)

Ce prétendu droit serait la faculté que j’aurais, dans le cas où ma propre existence serait en danger, d’ôter la vie à quelqu’un qui ne m’aurait fait aucun tort. Il est évident qu’il doit y avoir ici une contradiction du droit avec lui-même ; — car il ne s’agit pas d’un injuste agresseur qui en veut à ma vie et que je préviens en lui ôtant la sienne (jus inculpatæ tutelæ), auquel cas la modération (moderamen) n’est nullement un devoir de droit, mais une chose de vertu ; il s’agit d’une violence licite à l’égard de quelqu’un qui ne m’en a fait aucune.

  1. Auf dem Wege Rechtens.
  2. Rechtsforderung.
  3. Gewissensgericht.
  4. Jede Frage Rechtens.
  5. Bürgerliche Recht.