Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/6

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


point songer ici à la popularité (au langage vulgaire) ; mais, dût-on être traité d’écrivain pénible[1], rechercher l’exactitude scolastique[2] (car il y a un langage d’école[3]) ; c’est le seul moyen d’amener la raison, si prompte dans ses affirmations dogmatiques, à se comprendre elle-même avant de les risquer.

Que si des pédants s’avisent (dans leurs chaires ou dans des écrits populaires) de parler au public un langage technique, qui n’est fait que pour l’école, le philosophe critique en est tout aussi innocent que le grammairien des sottises d’un éplucheur de mots[4] (logodœdalus). Le ridicule ne peut tomber ici que sur l’homme, mais non sur la science.

Il semble arrogant, orgueilleux, injurieux même pour ceux qui n’ont pas encore renoncé à leur ancien système, de soutenir que « avant l’apparition de la philosophie critique il n’y avait pas encore de philosophie. » – Mais, pour être en droit de juger cette apparente présomption, il faudrait avoir résolu la question de savoir s’il peut y avoir plus d’une philosophie. Sans doute il y a plusieurs manières de philosopher et de remonter aux premiers principes de la raison, afin d’y fonder un système plus ou moins heureux ; j’ajoute qu’il en devait être ainsi, et que chacun de ces nombreux essais a son mérite aux yeux de la philosophie actuelle. Mais, de même qu’au point de vue objectif il ne peut

  1. Peinlichkeit.
  2. Scolastische Pünklichkeit.
  3. Schulsprache.
  4. Wortklauber.