Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/66

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sensible et la possession intelligible, en entendant par la première la possession physique et par la seconde la possession purement juridique du même objet.

L’expression : un objet est hors de moi[1] peut signifier, ou bien que cet objet est simplement distinct de moi (du sujet), ou bien qu’il est placé (positus) ailleurs dans l’espace ou dans le temps. Or ce n’est que dans le premier sens que la possession peut être conçue comme une possession rationnelle ; dans le second, elle ne serait qu’une possession empirique. — Une possession intelligible (si une telle possession est possible) est une possession sans détention[2] (detentio).

§ II.
Postulat juridique de la raison pratique.

Il est possible que j’aie comme mien un objet extérieur quelconque de mon arbitre, c’est-à-dire qu’une maxime d’après laquelle, si elle avait force de loi, un objet de l’arbitre devrait être en soi (objectivement) sans maître[3] (res nullius) est contraire au droit.

En effet, un objet de mon arbitre est quelque choie dont j’ai physiquement le pouvoir de me servir. Or, pour qu’il fût absolument impossible que cet objet fût juridiquement en mon pouvoir, c’est-à-dire que l’usage ne s’en pût concilier suivant une loi générale avec la liberté de chacun (qu’il fût injuste), il faudrait que la liberté se privât elle-même de l’usage de son arbitre relativement à un objet de cette faculté en mettant hors

  1. Ausser mir.
  2. Ohne Inhabung.
  3. Herrenlos.