Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/67

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de tout usage[1] possible des objets pouvant servir[2], c’est-à-dire qu’elle les anéantît sous le rapport pratique et en fît des res nullius, encore que, dans l’usage des choses, l’arbitre s’accordât formellement, suivant des lois générales, avec la liberté extérieure de chacun. — Mais, comme la raison pure pratique n’établit d’autres lois que des lois formelles de l’usage de l’arbitre, et qu’ainsi elle fait abstraction de la matière de cette faculté, c’est-à-dire des autres qualités de l’objet, ne demandant qu’une seule chose, qu’il soit simplement un objet de l’arbitre, elle ne peut, relativement à un objet de ce genre, contenir aucune défense absolue d’en faire usage ; car la liberté extérieure serait alors en contradiction avec elle-même. — Un objet de mon arbitre est une chose dont j’ai la faculté physique de faire l’usage qui me plaît, ou dont l’usage est en mon pouvoir[3] (potentia) : ce qui n’est pas la même chose que de tenir cet objet en ma puissance[4] (in potestatem meam redactum), auquel cas il n’y a pas seulement faculté, mais acte de l’arbitre. Pour concevoir une chose simplement comme objet de mon arbitre, il suffit que j’aie conscience de l’avoir en mon pouvoir. — C’est donc une supposition à priori de la raison pratique qui me fait considérer et traiter tout objet de mon arbitre comme un mien ou un tien objectivement possible.

  1. Gebrauch.
  2. Brauchbare. Il n’y a pas en français d’adjectif tiré du mot usage qui puisse rendre l’adjectif allemand brauchbar tiré du substantif Gebrauch, et reproduire le rapport que Kant établit ici dans les mots.
  3. In meiner Macht.
  4. In meiner Gewalt zu haben.