Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/72

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une possession purement juridique (intelligible) est-elle possible ? et celle-ci à son tour dans cette troisième : comment est possible une proposition de droit à priori et synthétique ?

Toutes les propositions de droit sont des propositions à priori, car elles sont des lois de la raison (dictamina rationis). La proposition de droit à priori qui est relative à la possession empirique est analytique ; car elle ne dit rien de plus que ce qui résulte de cette possession suivant le principe de contradiction, c’est-à-dire que, si je suis le détenteur d’une chose (si je suis ainsi lié à elle physiquement), celui qui s’en empare sans mon consentement (celui, par exemple, qui m’arrache une pomme des mains) affecte et diminue le mien intérieur (ma liberté), et par conséquent suit une maxime directement en contradiction avec l’axiome du droit. La proposition qui a pour objet la légitimité d’une possession empirique ne dépasse donc pas le droit d’une personne par rapport à elle-même.

Au contraire, la proposition qui exprime la possibibilité de la possession d’une chose hors de moi, abstraction faite de toutes les conditions de la possession empirique dans l’espace et dans le temps (par conséquent la supposition de la possibilité d’une possessio noumenon), dépasse ces conditions restrictives ; et, puisqu’elle établit comme nécessaire au concept du mien et du tien extérieurs une possession même sans détention, elle est synthétique et peut servir de problème à la raison : il s’agit de montrer comment est possible une telle proposition à priori, qui dépasse le concept de la possession empirique.