Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/73

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Ainsi, par exemple, la possession d’un fonds de terre particulier est un acte d’arbitre privé[1], sans être pourtant une usurpation[2]. Le possesseur se fonde sur la possession originairement commune du sol de la terre et sur la volonté générale, conforme à priori à cette possession, qui permet une possession privée de ce même sol (autrement il faudrait admettre que des choses sans possesseur auraient été faites naturellement et suivant une loi pour n’avoir pas de maîtres), et il acquiert à l’origine, par la première possession, un fonds de terre déterminé : aussi résiste-t-il à bon droit (jure) à quiconque lui porte obstacle dans l’usage privé qu’il en fait, quoique, dans l’état naturel, il n’agisse pas au nom d’un droit reconnu[3] (de jure), puisque dans cet état il n’existe pas encore de loi publique.

Aussi, quand même on considérerait une terre comme libre, c’est-à-dire comme ouverte à l’usage de chacun[4], et quand on la qualifierait de cette manière, on ne pourrait pas dire pour cela qu’elle est libre par nature et originairement avant tout acte juridique ; car il y aurait là un rapport à une chose, c’est-à-dire au sol de la terre, qui se refuserait à la possession de chacun. Cette liberté du sol ne peut signifier qu’une défense faite à chacun de s’en servir[5] ; or cela suppose une

  1. Ein Act der Privatwillkühr.
  2. Eigenmaechtig.
  3. Von Rechtswegen.
  4. Sans pouvoir devenir la propriété de personne en particulier. — J’ajoute ces mots qui ne sont pas dans le texte pour rendre plus claire la pensée que Kant veut exprimer. xxxxxxx J. B.
  5. En qualité de propriétaire. — J’ajoute aussi ces mots pour préciser la pensée de Kant. En général, tout ce paragraphe manque de clarté : j’ai dû, en le traduisant aussi littéralement que possible, en modifier un peu la rédaction. xxxxxxxx J. B.