Page:Kant - Doctrine du droit.djvu/95

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tion ne peut être que provisoire. – L’acquisition péremptoire n’a lieu que dans l’état civil.

Pourtant cette acquisition provisoire est une véritable acquisition ; car, d’après le postulat de la raison juridiquement pratique, la possibilité de cette acquisition, quel que puisse être l’état des hommes entre eux (fût-ce même l’état de nature), est un principe du droit privé, qui autorise chacun à employer la contrainte nécessaire pour sortir de l’état de nature et entrer dans l’état civil, seul capable de rendre cette acquisition péremptoire.

  On élève la question de savoir jusqu’où s’étend le droit de prendre possession d’une terre ; je réponds : aussi loin que la faculté de l’avoir en sa puissance, c’est-à-dire aussi loin que peut la défendre celui qui veut se l’approprier, C’est comme si elle disait : si vous ne pouvez me protéger, vous ne pouvez non plus me commander, il faut aussi résoudre de la même manière la question de savoir si la mer est libre ou fermée ; par exemple, personne ne peut, dans le rayon de la portée du canon, se livrer à la pêche du poisson ou de l’ambre jaune, etc., sur la côte d’un pays qui appartient déjà à un certain État. — On demande en outre si, pour acquérir une terre, le travail est nécessaire (comme bâtir, labourer, dessécher, etc.). Non ; car, comme ces formes (spécifiques) ne sont que des accidents, elles ne constituent pas la possession immédiate d’un objet, et ne peuvent appartenir au sujet qu’autant que la substance est déjà tenue pour sienne. Le travail, lorsqu’il s’agit de la première acquisition, n’est rien de plus qu’un signe extérieur de la prise de possession, que l’on peut remplacer par beaucoup d’autres moins pénibles. — Autre question : Peut-on empêcher quelqu’un dans son acte de prise de possession, de telle sorte qu’aucun des deux ne jouisse du droit de propriété, et qu’ainsi la terre, n’appartenant à personne, reste libre ? Il est absolument impossible d’admettre une pareille faculté : car, pour pouvoir agir ainsi, il faudrait se trouver soi-même