Page:Kant - Mélanges de logique.djvu/11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que trompés dans leurs espérances, ils finirent par se trouver plus riches de la plus grande fécondité de leur champ. Nul doute que ce ne soit là le seul fruit à retirer de la recherche de ce mécanisme inventé par Leibniz, si l’on doit s’en occuper encore. Mais qu’il me soit permis de dire la vérité. J’ai lu quelque part, dans la Chimie de Boerhaave, des observations pleines de finesse sur les plus célèbres d’entre les alchimistes ; quand ils eurent, nous dit-il, découvert des secrets nombreux et vraiment surprenants, ils finirent par s’imaginer que le moindre effort leur suffirait désormais pour disposer à leur fantaisie de toutes les forces de la nature ; ayant toujours hâte de deviner, ils racontaient comme faits accomplis les phénomènes qu’à la suite d’un coup d’œil très-rapide ils supposaient pouvoir ou plutôt devoir arriver. Je crains bien que cet incomparable philosophe n’ait été inévitablement entraîné dans une semblable erreur. En effet, si l’on est en possession des principes absolument premiers, je ne trouve pas mauvais qu’on use d’un certain art caractéristique, puisqu’on peut opérer à l’aide des notions et avec les termes les plus simples comme signes ; mais qu’on essaye d’exprimer la connaissance composée au moyen de signes ou caractères, alors toute la pénétration de l’esprit s’émoussera contre l’écueil de ce procédé, et se trouvera embarrassée dans des difficultés inextricables.