Page:Kant - Mélanges de logique.djvu/40

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rieure, et l’esprit est ainsi dirigé d’un côté ou d’un autre suivant la prédominance d’une représentation obscure, prédominance dont nous parlerons plus amplement par la suite.

Qu’il me soit permis de faire de cette célèbre controverse l’objet du dialogue suivant entre Caius, défenseur de la liberté d’indifférence, et Titius, partisan de la raison déterminante :

Caius. — J’avoue que ma conscience me tourmente et me reproche ma conduite passée ; je n’ai plus qu’un motif de consolation, celui de pouvoir adopter tes idées ; alors je ne serais pas responsable de mes actions. Garrotté que j’aurais été pour ainsi dire par les raisons qui s’enchaînent tour à tour depuis l’origine des choses, j’aurais été l’agent forcé de toutes mes actions, et quiconque me reproche aujourd’hui mes vices, et me fait vainement un crime de ne m’être pas conduit autrement, n’agit pas avec plus de raison que s’il me reprochait de ne pas avoir arrêté le cours du temps.

Titius. — Voyons un peu ; quelle est cette série de raisons à laquelle tu te plains d’avoir été asservi ? Tout ce que tu as fait, ne l’as-tu pas fait volontairement ? Sur le point de mal faire, n’as-tu pas été averti par la voix secrète de ta conscience, et par la crainte de Dieu, qui vainement te remontrait au fond de l’âme ? N’as-tu pas préféré boire, jouer, sacrifier à