Page:Kant - Prolégomènes à toute métaphysique future, trad. Tissot, 1865.djvu/240

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où il est dit « que le flux des changements de toutes les choses finies est un flux toujours incessant, — qu’aucune partie sensible n’est la plus petite possible, ou parfaitement simple, » est le langage même des mathématiciens. Mais aussi dans ces mêmes changements sont cependant des parties simples, dont l’entendement toutefois n’a connaissance que parce qu’ils ne sont pas sensibles. Si une fois elles s’y trouvent, alors cette lex continui du flux des changements est fausse ; les changements ont lieu par soubresauts, et de ce qu’ils ne sont pas sentis, comme M. Eberhard le dit faussement, c’est-à-dire de ce qu’ils ne sont pas perçus avec conscience, leur loi spécifique d'appartenir comme parties à une intuition sensible purement empirique ne disparaît point. M. Eberhard a-t-il dû se faire une notion bien nette de la continuité ?

En un mot, la Critique avait dit que si l’on ne donne pas à une notion l’intuition correspondante, sa réalité objective n’apparaît jamais. M. Eberhard a voulu prouver le contraire, et se fonde sur quelque chose notoirement faux, à savoir que l’entendement connaît dans les choses, comme objets de l’intuition dans l’espace et le temps, le simple ; ce que nous pouvons lui accorder. Mais alors loin d’avoir réfuté les exigences de la Critique, il les a remplies à sa manière. Car elle ne demandait autre chose, sinon que la réalité objective fût prouvée dans l’intuition ; mais alors une intuition correspondante est donnée à la notion, ce qui est justement ce que demandait la Critique, et ce qu’il voulait réfuter.