Page:Kant - Prolégomènes à toute métaphysique future, trad. Tissot, 1865.djvu/419

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DEPUIS LEIBNIZ ET WOLF.

Or ceci, en soi seul, ne troublerait pas encore la raison ; que de fois en effet ne demande-t-on pas vainement en physique le pourquoi d’une chose, et ne se contente-t-on pas d’une excuse fondée sur l’ignorance, parce que cette réponse vaut mieux, après tout, qu’une erreur ! Mais la raison s’égare en ce que, conduite par les principes les plus sûrs, elle croit avoir trouvé l’inconditionné d’un côté, tandis qu’elle est portée par d’autres principes aussi certains à croire qu’il doit être cherché du côté opposé.

Cette antinomie de la raison non seulement la place dans un doute de défiance à l’égard de ses deux affirmations ; ce qui cependant permet encore l’espoir d’un jugement décisif dans un sens ou dans un autre ; mais le désespoir où se trouve la raison de donner à ses assertions une base certaine, est ce qu’on peut appeler l’état de scepticisme dogmatique.

Ce conflit de la raison avec elle-même a cela de particulier, qu’elle le conçoit comme un duel où elle est sûre de battre l’adversaire si elle attaque, mais où elle sera certainement battue si elle est obligée de se défendre. En d’autres termes : elle peut se déterminer moins à prouver ses assertions qu’à réfuter celles de l’adversaire ; ce qui n’est pas absolument sûr, puisque tous deux pourraient bien juger faussement, ou même avoir raison si seulement ils commençaient par s’entendre sur le sens de la question.

Cette antinomie partage les combattants en deux classes, dont l’une cherche l’inconditionné dans la composition de l’homogène, et l’autre dans la compo-