Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/271

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prétention, eût fait l’affaire de Casimir ; elle se fût faite à ses gronderies, à sa grossièreté, elle eût tranquillement supporté son ivrognerie (comme l’a fait, entre autres, la femme d’Hippolyte Châtiron, frère naturel d’Aurore), et eût accepté ses quelques petites infidélités (comme ont su le faire les femmes de plusieurs amis de Casimir à La Châtre). Casimir aurait eu ainsi la vie facile, et n’eût pas connu l’ennui. Il n’aurait pas souffert et n’eût pas eu à s’irriter de voir à ses côtés un être incompréhensible, cherchant midi à quatorze heures, éternellement rêveur et jamais content de la réalité. Si Casimir eût eu une femme plus simple et plus ordinaire, il ne se serait certainement pas senti étranger à elle, et elle ne lui eût semblé ni excentrique ni idiote car, « La médiocrité seule est à notre niveau et ne nous choque pas[1] ». Louis de Loménie, parlant de Casimir, est dans le vrai lorsqu’il nous dit que « c’était un soldat de l’empire rentré dans ses foyers, l’espèce d’hommes en général la plus prosaïque qui soit sous le ciel. Cet époux était un digne gentillâtre campagnard, comme il en fourmille dans la vieille Aquitaine, tenant les raffinements du cœur pour folies et billevesées, prenant la vie pour ce qu’elle vaut et le temps pour ce qu’il dure, pas trop savant, un peu rude, à en juger par certains détails d’un procès fameux, et, au demeurant le meilleur fils du monde[2] »…

S’il est permis de douter de la justesse de cette dernière épithète, il faut au moins rendre justice au reste de cette appréciation. Mais nous trouvons encore un meilleur por-

  1. Vers de Pouchkine.
  2. Louis de Loménie : « Galerie des contemporains illustres par un homme de rien. »