Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/357

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« apprentissage littéraire », en oubliant pour le moment son rêve d’écrire des romans. Elle s’y mit avec le même zèle et la même soumission que les garçons apprentis apportent à s’approprier les premiers éléments de leur métier. Chaque jour la jeune femme se mettait à sa petite table dans le cabinet de rédaction, écrivant sur un sujet qu’on lui avait donné, tantôt un récit fantastique, tantôt une chronique de la vie politique, tantôt une bigarrure.

De Latouche, toujours mécontent de ce qu’elle écrivait, déchirait ce qu’elle avait fait et lui faisait refaire plusieurs fois la même chose. Aurore se désespérait. Il lui semblait qu’elle ne serait jamais capable de mériter l’approbation de son sévère censeur, de plaire au public, d’écrire des notices mordantes et des pages « dans le goût du temps », comme savaient en faire les autres collaborateurs du journal. Cependant elle ne perdait pas de vue le but qu’elle s’était fixé, ne perdait pas non plus courage et continuait à travailler ferme. Le 4 mars elle écrit à Boucoiran :

« Je suis plus que jamais résolue à suivre la carrière littéraire. Malgré les dégoûts que j’y rencontre parfois, malgré les jours de paresse et de fatigue, qui viennent interrompre mon travail, malgré la vie plus que modeste que je mène ici, je sens que mon existence est désormais remplie. J’ai un but, une tâche, disons le mot, une passion. Le métier d’écrire en est une violente, presque indestructible. Quand elle s’est emparée d’une pauvre bête, elle ne peut plus la quitter. Je n’ai point eu de succès. Mon ouvrage a été trouvé invraisemblable par les gens auxquels j’ai demandé conseil. En conscience, ils m’ont dit que c’était trop bien de morale et de vertu pour être trouvé probable par le public. C’est juste, il faut servir le pauvre public à son goût, et je vais faire comme le veut la mode. Ce sera mauvais. Je