Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T2.djvu/312

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couchés, elle donnait d’abord ses soins à Agasta Duteil, alors malade, puis elle se mettait à travailler, écrivant souvent jusqu’au lever du soleil. Dans l’Histoire de ma Vie[1], dans ses lettres à Mme d’Agoult[2], dans ses lettres inédites à sa mère du 11 novembre 1835, à Guéroult de janvier 1836, et enfin dans sa lettre à Mme Saint-Agnan du 6 janvier 1836[3], George Sand nous décrit en détail son séjour à La Châtre, la maison qu’elle habitait et la manière dont elle y passait son temps. Elle nous raconte aussi qu’elle devait faire bien attention à chacun de ses pas pour éviter les potins et pour ne pas donner motif aux commères de soulever contre elle par leurs cancans l’opinion publique ni d’indisposer ses juges. Sa lettre à Guéroult est surtout remarquable à cet égard :

« Je vous inviterais volontiers, écrit-elle, chez les Duteil, si je n’étais obligée à mener une vie très régulière aux yeux des imbéciles au milieu desquels je vis. Heureusement cela m’est bien facile maintenant. Mais si l’on vous voyait arriver de Paris à La Châtre, la femme de tel juge, la cousine de tel autre, la fille de la sœur de la servante de la mère de tel autre prononceraient le haro sur ma cause, en décrétant que vous êtes un amant, la source et la cause de ma rupture conjugale. Ainsi me voilà condamnée à vivre dans cette bourgade charmante, dont je me suis amusée si souvent et d’en respecter les us et coutumes. Vous ririez si vous pouviez voir avec quelle grâce je m’en acquitte et de quel air patelin je traverse les rues hérissées de pierres et les places couvertes d’oisifs. Je m’amuse non pas d’eux, mais de moi-

  1. T. IV, page 483-97.
  2. Correspondance, I et II.
  3. Revue Encyclopédique.