Entre temps la suspension de la Presse — probablement grâce à l’intervention de Mme Sand — fut levée. Charles Edmond continuait à lui demander son roman suédois pour ce journal ; elle lui répondit :
…Quant au Château des Étoiles, ça ne peut pas s’arranger comme ça. Comment passerai-je l’été avec deux mille francs ? Rappelez-vous Nohant : il y a du monde et de la dépense. Pour m’arranger du budget que vous m’offrez, il faudrait aller vivre à Gargilesse, ce qui ne serait pas très désagréable, mais ce qui n’est possible que dans nos courts moments de vie de garçon. Donc, cherchez un autre problème, cher ami, ou dites-moi de chercher un autre titre à annoncer dans la Presse. J’aurai largement le temps de vous faire un roman pour l’époque où vous en aurez besoin, et je pense, d’ici à une quinzaine, vous dire mon titre. Voilà, quant au Château en question, l’ultimatum non de ma volonté, mais de ma caisse…
L’affaire avec la Presse ne s’arrangea pas et le Château des Étoiles fut publié dans la Revue des Deux Mondes, à laquelle George Sand revint ainsi après une querelle de dix-huit ans (car quoique le Château des désertes y parût en 1851, l’auteur n’y fut pour rien, le manuscrit ayant été cédé à cette revue par un autre éditeur qui l’avait acheté)[1]. L’Homme de neige parut dans la Revue des Deux Mondes du 1er juin au 15 septembre. Cette affaire fut arrangée par Émile Aucante, le secrétaire de Mme Sand, l’ami de toute sa famille et l’hôte constant de Nohant de 1848 à 1858[2].
L’Homme de Neige terminé, Mme Sand, à partir de 1858, revint souvent à Gargilesse pour y séjourner « en garçon », parfois pour quelques jours, parfois pour quelques semaines. Elle écrit par exemple le 23 avril 1858 à Ernest Périgois, à Tourin, où il vivait exilé, après l’incident Orsini, et où Solange voulait aller le retrouver :
« …Sol. s’apprête à partir le 26 ; elle est souffrante et je l’en-
- ↑ À consulter, sur les relations entre le directeur de cette Revue et Mme Sand, le très intéressant ouvrage de Mme M.-L. Pailleron, paru au moment où notre livre était déjà terminé. Nous renvoyons aussi le lecteur au chapitre iii de notre troisième volume.
- ↑ Voir plus haut, p. 150-151, 191-196, 209, 230.