Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/112

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une femme réclama le divorce contre son mari, qui était chauve, et l’Émir, ayant ouï les deux parties du procès, ordonna à la femme de verser sur le crâne dénudé du lait caillé, puis de l’enlever avec la langue, ce qui donnerait aux cheveux des chances de repousser, et la contenterait, elle. À cette sentence la Cour se mit à rire, et la femme se retira, maudissant son roi à mi-voix.

Mais quand le crépuscule tomba, et que l’étiquette de la Cour se fut un peu relâchée, il arriva devant le roi, entre deux gardes, un misérable hagard et tremblant, meurtri de mille coups, mais de constitution assez robuste, qui avait volé trois roupies — car Son Altesse prend connaissance même des plus petites affaires.

— Pourquoi as-tu volé ? lui demanda l’Émir.

Quand le roi pose des questions, c’est se rendre service à soi-même que d’y répondre sans détour.

— J’étais pauvre, et personne ne me donnait. J’avais faim, et je ne trouvais pas de nourriture.

— Pourquoi ne travaillais-tu pas ?

— Je ne trouvais pas de travail, protecteur du pauvre, et je mourais de faim.

— Tu mens. Tu as volé pour boire, pour satisfaire tes passions, ou ta paresse, pour tout sauf pour manger, puisque tout homme qui le veut peut trouver du travail et gagner son pain quotidien.

Le prisonnier baissa les yeux. Il était déjà venu à la Cour, et il connaissait le ton du roi qui signifie la mort.

— Tout homme peut obtenir du travail. Je le