Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/117

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m’emmener avec elle, je lui fus accordée… Elle eut de moi le plus grand soin, prit plaisir à former mon éducation, fit disparaître bientôt ce qu’elle avait contracté de rustique ; et mes dispositions naturelles ayant secondé ses bonnes intentions… je devins en très-peu de temps une jeune personne à-peu-près accomplie… J’avais dix-sept ans lorsque le fils de ma bienfaitrice, qui servait dans l’armée, revint de ses campagnes… Je le vis alors pour la première fois… Et bientôt je ne vis plus que lui… Il fut le premier qui m’apprit que j’étais belle. Il fut le premier qui me fit mettre un prix à ma beauté. Il fut le seul pour qui j’eusse aimé à l’être toujours… Ô mon cher Frédéric !… ne me regarde point encore. Laisse-moi achever. (Frédéric baisse les yeux, et lui baise la main.)


Wilhelmine, continue.

Bientôt nos cœurs, d’accord avec nos yeux, parlèrent le même langage… sa bouche s’expliqua enfin… je l’écoutai sans colère… je crus à son amour… à ses sermens, à cette promesse si souvent répétée, de ne vivre que pour moi… j’y crus, et ce fut mon malheur. J’oubliai tout pour cette fatale promesse… mes bons, mes vertueux parens ; les principes de vertu qu’ils avaient fait germer dans mon cœur… et les leçons de ce digne pasteur qui avait eu soin de mon enfance, qui m’avait enseigné les premiers élémens de ma foi… les bontés de ma bienfaitrice… tout disparut ! l’amour seul fut écouté… il me perdit… je devins enceinte…