Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/207

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Frédéric.

Non, monsieur le baron, vous êtes dans l’erreur. Vous vous abusez sur ma position. Mon père ne s’est jamais donné le soin de me juger. Il ne me connaît pas encore. Il ne m’a jamais vu jusqu’à ce moment ; au contraire, il m’a rebuté, repoussé de son sein, même avant ma naissance.


Le Baron, troublé s’asseyant.

Comment ! expliquez-vous !


Frédéric.

Les larmes de ma mère m’ont seules appris à le connaître. Ses précieuses larmes, que lui seul a fait couler, que ma main seule a essuyées, voilà tout le bien que j’ai reçu de lui. Jamais il ne s’est informé s’il était resté un objet de consolation à celle qu’il avait plongée dans le malheur.


Le Baron, de plus en plus troublé.

Mais, en vérité, cela est très-mal ! Je ne sais, jeune homme, vous me surprenez ; dites-moi, parlez, qui êtes-vous ?


Frédéric.

Je suis… un enfant malheureux, méconnu de mon père. Les angoisses… les soupirs, les pleurs de ma mère ont été mon berceau. Ses mains ont travaillé jour et nuit à ma subsistance. Sa vertu, son courage et sa patience inépuisables, ont élevé mon âme, et l’ont enrichie d’un trésor plus précieux que tous les vils biens de la terre. Mon esprit est formé sur le sien, et n’eût pu trouver un plus beau modèle. Son étude constante