Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/116

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marche parmi toutes les races humaines, soit que les rudiments de l’organisation du clan aient pris naissance chez quelques ancêtres communs des Sémites, des Aryens, des Polynésiens, etc., avant leur séparation en races distinctes, et que ces usages se conservèrent jusqu’à maintenant parmi des races séparées depuis bien longtemps de la souche commune. Quoi qu’il en soit, ces deux alternatives impliquent une ténacité également frappante de l’institution, puisque tous les assauts de l’individu ne purent la détruire depuis les dizaines de milliers d’années qu’elle existe. La persistance même de l’organisation du clan montre combien il est faux de représenter l’humanité primitive comme une agglomération désordonnée d’individus obéissant seulement à leurs passions individuelles et tirant avantage de leur force et de leur habileté personnelle contre tous les autres représentants de l’espèce. L’individualisme effréné est une production moderne et non une caractéristique de l’humanité primitive[1].

  1. Il serait impossible de discuter ici l’origine des restrictions du mariage. Qu’on me permette seulement de faire remarquer qu’une division en groupes, semblable aux Hawaiens de Morgan, existe parmi les oiseaux : les jeunes couvées vivent séparées de leurs parents. Une pareille division se retrouverait très probablement aussi chez quelques mammifères. Quant à la prohibition des mariages entre frères et sœurs, elle est venue très probablement, non de spéculations touchant les mauvais effets de la consanguinité, spéculations qui ne semblent guère probables, mais afin d’éviter la précocité trop facile de semblables mariages. Avec une cohabitation étroite, la nécessité d’une telle restriction s’imposait impérieusement. Je dois aussi faire remarquer qu’en examinant l’origine de nouvelles coutumes, nous devons nous souvenir que les sauvages, comme nous, ont leurs « penseurs » et leurs savants — sorciers, docteurs, prophètes, etc., dont les connaissances et les idées sont en avance sur celles des masses. Avec leurs associations secrètes (encore un trait presque universel) ils sont certainement capables d’exercer une influence puissante et d’imposer des coutumes dont l’utilité peut n’avoir pas encore été reconnue par la majorité de la tribu.