Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/208

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égaux devant la guilde. Ils possédaient le « cheptel » (bestiaux, terres, bâtiments, lieux du culte, ou « fonds ») en commun. Tous les frères prêtaient le serment d’oublier toutes les dissensions anciennes ; et, sans s’imposer les uns les autres l’obligation de ne jamais se quereller de nouveau, ils convenaient qu’aucune querelle ne devrait dégénérer en vindicte, ou amener un procès devant une autre cour que le tribunal des frères eux-mêmes. Si un frère était impliqué dans une querelle avec un étranger à la guilde, la guilde devait le soutenir, qu’il ait tort ou non ; c’est-à-dire que, soit qu’il fût injustement accusé d’agression, ou qu’il eût réellement été l’agresseur, ils devaient le soutenir et amener les choses à une fin pacifique. Tant qu’il ne s’agissait pas d’une agression secrète — auquel cas il eût été traité comme un proscrit — la fraternité le défendait[1]. Si les parents de l’homme lésé voulaient se venger de l’offense immédiatement par une nouvelle agression, la fraternité lui procurait un cheval pour s’enfuir, ou un bateau, une paire de rames, un couteau et un briquet ; s’il restait dans la ville, douze frères l’accompagnaient pour le protéger ; et en même temps on s’occupait d’amener l’affaire à composition. Les frères allaient devant la cour de justice pour soutenir par serment la véracité des déclarations de leur frère, et s’il était reconnu coupable, ils ne le laissaient pas aller à une ruine complète, ni devenir esclave ; s’il ne pouvait payer la compensation due ils la

    of alhallowe yelde. » (Ce statut est fait avec l’assentiment commun de tous les frères et sœurs de la guilde de Tous les Saints.)

  1. Au moyen âge, seule l’agression secrète était traitée comme meurtre. La vengeance du sang accomplie au grand jour était justice ; tuer dans une dispute n’était pas un meurtre, pourvu que l’agresseur témoignât de son désir de se repentir et de réparer le mal qu’il avait fait. Des traces profondes de cette distinction existent encore dans les codes criminels modernes, particulièrement en Russie.