Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/227

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nés ; et afin que l’étranger puisse venir au lieu des échanges sans risque d’être tué dans quelque bagarre entre deux familles ennemies, le marché était toujours placé sous la protection spéciale de toutes les familles. C’était un lieu inviolable, comme le sanctuaire à l’ombre duquel il se tenait. Chez les Kabyles, il est encore anaya, ainsi que le sentier le long duquel les femmes rapportent l’eau du puits ; on ne doit pas y paraître en armes, même pendant des guerres entre tribus. Au moyen âge, le marché jouissait universellement de la même protection[1]. La vengeance du sang ne pouvait se poursuivre sur le terrain où l’on venait pour faire du commerce, ni dans un certain rayon alentour. Si une dispute s’élevait parmi la foule bigarrée des acheteurs et des vendeurs, elle devait être jugée par ceux sous la protection desquels se trouvait le marché — le tribunal de la communauté, ou de l’évêque, ou du seigneur, ou le juge du roi. Un étranger qui venait pour faire du commerce était un hôte, et on lui donnait ce nom. Même le seigneur qui n’avait point de scrupule de voler un marchand sur la grande route, respectait le Weichbild, c’est-à-dire le poteau qui était planté sur la place du marché et portait soit les armes du roi, soit un gant, soit l’image du saint local, ou simplement une croix, selon que le marché était sous la protection du roi, du seigneur, de l’église locale, ou de l’assemblée du peuple — le viétché[2].

  1. Kulischer, dans un excellent essai sur le commerce primitif (Zeitschrift für Völkerpsychologie, vol. X, 380), montre aussi que, suivant Hérodote, les Aggripéens étaient considérés comme inviolables, parce que le commerce entre les Scythes et les tribus du Nord avait lieu sur leur territoire. Un fugitif était sacré sur leur territoire, et on leur demandait souvent d’agir comme arbitres entre leurs voisins. voir appendice XI.
  2. Il s’est élevé dernièrement des discussions sur le Weichbild et la loi du Weichbild, qui demeurent encore obscurs (voir Zopfl,