Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/30

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loppement progressif du règne animal, et particulièrement de l’humanité, est favorisé bien plus par le soutien mutuel que par la lutte réciproque… Tous les êtres organisés ont deux besoins essentiels : celui de la nutrition et celui de la propagation de l’espèce. Le premier les amène à la lutte et à l’extermination mutuelle, tandis que le besoin de conserver l’espèce les amène à se rapprocher les uns des autres et à se soutenir les uns les autres. Mais je suis porté à croire que dans l’évolution du monde organisé — dans la modification progressive des êtres organisés — le soutien mutuel entre les individus joue un rôle beaucoup plus important que leur lutte réciproque[1]. »

La justesse de ces vues frappa la plupart des zoologistes présents, et Siévertsoff, dont le nom est bien connu des ornithologistes et des géographes, les confirma et les appuya de quelques nouveaux exemples. Il cita certaines espèces de faucons qui sont « organisées pour le brigandage d’une façon presque idéale », et cependant sont en décadence, tandis que prospèrent d’autres espèces de faucons qui pratiquent l’aide mutuelle. « D’un autre côté, dit-il, considérez un oiseau sociable, le canard ; son organisme est loin d’être parfait, mais il pratique l’aide mutuelle, et il envahit presque la terre entière, comme on peut en juger par ses innombrables variétés et espèces. »

L’accueil sympathique que les vues de Kessler reçurent de la part des zoologistes russes était très naturel, car presque tous ils avaient eu l’occasion d’étudier le monde animal dans les grandes régions inhabitées de l’Asie septentrionale et de la Russie orientale ; or il est impossible d’étudier de semblables

  1. Mémoires (Trudy) de la Société des naturalistes de Saint-Pétersbourg, vol. XI, 1880.