Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/36

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n’a pas refusé de nourrir une autre, appartenant à une espèce ennemie, elle sera traitée en amie par les compagnes de cette dernière. Tous ces faits sont confirmés par les observations les plus soigneuses et les expériences les plus décisives[1].

Dans cette immense catégorie du règne animal qui comprend plus de mille espèces, et est si nombreuse que les Brésiliens prétendent que le Brésil appartient aux fourmis et non aux hommes, la concurrence parmi les membres de la même fourmilière, ou de la même colonie de fourmilières, n’existe pas. Quelque terribles que soient les guerres entre les différentes espèces, et malgré les atrocités commises en temps de guerre, l’entr’aide dans la communauté, le dévouement de l’individu passé à l’état d’habitude, et très souvent le sacrifice de l’individu pour le bien-être commun, sont la règle. Les fourmis et les termites ont répudié la « loi de Hobbes » sur la guerre, et ne s’en trouvent que mieux. Leurs merveilleuses habitations, leurs constructions, relativement plus grandes que celles de l’homme ; leurs routes pavées et leurs galeries voûtées au-dessus du sol ; leurs salles et greniers spacieux ; leurs champs de blé, leurs moissons, et leurs préparations pour transformer les grains en malt[2] ; leurs méthodes rationnelles pour soigner les œufs et les

  1. Recherches de Forel, pp. 243, 244, 279. La description de ces mœurs par Huber est admirable. On y trouve aussi quelques indications touchant l’origine possible de l’instinct (édition populaire, pp. 158, 160). — Voir Appendice II.
  2. L’agriculture des fourmis est si merveilleuse que pendant longtemps on n’a pas voulu y croire. Le fait est maintenant si bien prouvé par M. Moggridge, le Dr Lincecum, M. Mac Cook, le colonel Sykes et le Dr Jerdon, que le doute n’est plus possible. Voyez un excellent résumé qui met ces faits en évidence dans l’ouvrage de M. Romanes. Voyez aussi Die Pilzgärten einiger Süd-Amerikanischen Ameisen, par Alf. Mœller, dans les Botanische Mitteilungen aus den Tropen, de Schimper, vi, 1893.