Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/80

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ils sont jeunes, ou que ce soit simplement le besoin de donner un libre cours à un excès d’impressions et de force vitale, la nécessité de communiquer ses impressions, de jouer, de bavarder, ou seulement de sentir la proximité d’autres êtres semblables se fait sentir dans toute la nature, et est, autant que toute autre fonction physiologique, un trait distinctif de la vie et de la faculté de recevoir des impressions. Ce besoin atteint un plus haut développement et une plus belle expression chez les mammifères, particulièrement parmi les jeunes, et surtout chez les oiseaux ; mais il se fait sentir dans toute la nature et il a été nettement observé par les meilleurs naturalistes, y compris Pierre Huber, même chez les fourmis. C’est le même instinct qui pousse les papillons à former ces immenses colonnes dont nous avons déjà parlé.

L’habitude de se réunir pour danser, et de décorer les endroits où les oiseaux exécutent leurs danses est bien connue par les pages que Darwin a écrites sur ce sujet dans The Descent of Man (ch. XIII). Les visiteurs du Jardin zoologique de Londres connaissent aussi le « berceau » du Ptilonorhynchus holosericeus d’Australie. Mais cette habitude de danser semble beaucoup plus répandue qu’on ne le croyait autrefois, et W. Hudson donne dans son livre admirable sur La Plata une description du plus haut intérêt (il faut la lire dans l’original) des danses compliquées exécutées par un grand nombre d’oiseaux : râles, jacanas, vanneaux, etc.

L’habitude de chanter en chœur, qui existe chez plusieurs espèces d’oiseaux, appartient à la même catégorie d’instincts sociaux. Cette habitude est développée de la façon la plus frappante chez le chakar (Chauna chavarria), que les Anglais ont si mal surnommé « criard huppé ». Ces oiseaux s’assemblent parfois en immenses bandes, et chantent alors fréquem-