Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/483

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


votées avec enthousiasme, à la terreur des classes moyennes.

Le mécontentement des ouvriers allait chaque jour grandissant contre le conseil municipal opportuniste, contre les chefs politiques, comme aussi contre la presse qui parlait à la légère d’une crise aussi aiguë et ne faisait rien pour combattre la misère croissante. Comme il arrive en pareille circonstance, la fureur des pauvres se tourna principalement contre les lieux de plaisirs et de débauche, qui frappent d’autant plus les esprits aux époques de désolation et de misère qu’ils personnifient pour l’ouvrier l’égoïsme et la dépravation des riches. Un endroit particulièrement détesté par les ouvriers était le café situé dans les sous-sols du théâtre Bellecour, qui restait ouvert toute la nuit et où on pouvait voir des journalistes et des hommes politiques festoyer et boire jusqu’au matin avec des filles de joie. Pas une réunion d’ouvriers n’était tenue sans qu’on n’y fit quelque menaçante allusion à ce café, et une nuit, une cartouche allumée de dynamite y fut déposée par une main inconnue. Un ouvrier socialiste qui se trouvait là par hasard, s’élança pour éteindre la mèche de la cartouche et fut tué, tandis que quelques politiciens en train de souper furent légèrement blessés.

Le lendemain, une cartouche de dynamite éclatait à la porte d’un bureau de recrutement et on racontait que les anarchistes se proposaient de faire sauter la statue de la Vierge qui s’élève sur la colline de Fourvière. Il faut avoir vécu à Lyon ou dans les environs pour comprendre à quel point la population et les écoles sont encore actuellement entre les mains du clergé catholique et pour se faire une idée de la haine que la partie masculine de la population nourrit contre le clergé.

Une véritable panique s’empara alors des classes riches de Lyon. Une soixantaine d’anarchistes, — tous ouvriers, à l’exception d’Emile Gautier, qui faisait une série de conférences dans la région — furent arrêtés. Les journaux de Lyon poussèrent alors le gouvernement