Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/514

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ami le Russe, où il s’excusait d’avoir introduit chez moi ce jeune homme, qui, d’après ce qu’on avait découvert, était un espion aux gages de l’ambassade de Russie à Paris. Je consultai alors une liste des agents secrets de la Russie en France et en Suisse, liste que nous autres réfugiés avions reçue récemment du Comité Exécutif, — car il avait partout des attaches à Pétersbourg — et j’y trouvai le nom du jeune homme, avec un simple changement de lettre.

* * *

La publication d’un journal, subventionné par la police avec un agent secret à sa tête, est un vieux moyen, auquel le préfet de police de Paris, Andrieux, eut recours en 1881. J’étais avec Élisée Reclus dans les montagnes de la Suisse, quand nous reçûmes une lettre d’un Français, ou plutôt d’un Belge, qui nous annonçait qu’il allait fonder un journal anarchiste à Paris et nous demandait notre collaboration. La lettre, remplie de flatteries, produisit sur nous une impression désagréable, et Reclus se rappela en outre vaguement avoir entendu le nom de notre correspondant au sujet d’une assez méchante affaire. Nous décidâmes de refuser notre collaboration, et j’écrivis à un ami de Paris que nous tenions avant tout à connaître d’une façon certaine la provenance de l’argent, avec lequel le journal devait être lancé. « Il vient peut-être des Orléanistes — c’est une vieille habitude de la famille d’avoir recours à ces moyens — et nous devons en connaître l’origine... » Mon ami de Paris, avec la franchise propre aux ouvriers, lut ma lettre dans une réunion, à laquelle assistait le futur éditeur du journal. Il feignit d’être offensé et je dus répondre à plusieurs lettres à ce sujet ; mais je m’en tins à ceci : « Si la personne en question a sérieusement l’intention de fonder un journal, il doit nous dire d’où vient l’argent. »

Il finit par le dire. Pressé de questions, il nous dit que l’argent lui venait de sa tante — une dame riche professant de vieilles idées, mais qui avait cédé à la fantaisie de son neveu et lui avait fourni l’argent. La dame n’était