Page:L'Humanité nouvelle, année 4, tome 2, volume 7.djvu/389

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ardente et généreuse, rêvaient d’une « Société Nouvelle », régénérée dans la pensée et la volonté, ennoblie par l’art et la science, forte par l’alliance du peuple avec les intellectuels. Ce fut l’honneur de la jeune Belgique d’avoir, aux environs de 1885, entrepris cette œuvre hardiment cosmopolite et de l’avoir noblement conduite. Ce fut le travail constant de Brouez ; sa préoccupation des jours et des nuits. Il s’est épuisé à la tâche, il est mort de fatigue, peut-on dire, de fatigue physique, intellectuelle et morale. Le lecteur blasé qui, le couteau d’ivoire en main, ouvre distraitement les feuilles d’une revue, sait rarement ce qu’elles ont coûté à leurs auteurs. Des âmes s’en échappent et voltigent à l’entour, des âmes anxieuses et palpitantes, mais on n’y prend pas garde, on croit ne percevoir qu’une odeur d’encre fraîche.

Nous saluons le nom de Fernand Brouez avec respect et mélancolie. Ce fut un grand cœur et une belle intelligence, une des nobles et sympathiques figures du siècle. Il mourut jeune, mais nous ne le plaignons pas, car il avait fait une belle œuvre noblement. Lui aussi fut un « porteur de torche », un éclaireur sur le chemin de la justice et de la vérité.

L’Humanité Nouvelle se fait un honneur de continuer la Société Nouvelle.


Élie Reclus.