Page:L'Humanité nouvelle, année 2, tome 2, volume 3.djvu/321

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À l’Espagne


Écoute, Espagne, la voix d’un fils
Qui te parle dans une langue qui n’est pas le castillan :
Je parle dans la langue que m’a donnée
La terre âpre :
Dans cette langue, bien peu t’ont parlé ;
Dans l’autre, trop.

Ils t’ont trop parlé des Sagontins
Et de ceux qui meurent pour la patrie :
Tes gloires et tes souvenirs,
Ce ne sont que des souvenirs et des gloires de mort ;
Tu as vécu triste.

Je veux te parler bien autrement.
Pourquoi verser un sang inutile ?
Dans les veines le sang c’est la vie,
La vie pour ceux d’aujourd’hui et pour ceux qui viendront :
Le sang versé ne vit plus.

Tu as trop pensé à ton honneur
Et trop peu à ta vie :
Tragique tu conduisais tes fils à la mort,
Tu te repaissais d’honneurs mortels
Et tes fêtes c’étaient des funérailles,
Ô triste Espagne !

J’ai vu partir les barques pleines
De tes fils que tu conduisais à la mort
Souriants ils marchaient droit au hasard