Page:L'Humanité nouvelle, année 2, tome 2, volume 3.djvu/63

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Chine sera redevenue une nation jeune. En un mot, une renaissance se dessine à chaque irruption d’un flot considérable d’idées nouvelles venant du dehors. Si l’empire de Chine était seul sur notre planète, son rajeunissement serait plus difficile. Mais cette société étant entourée d’autres, qui lui ressemblent peu, son rajeunissement peut être accéléré.

Cependant les transformations sociales, si rapides qu’elles soient, ne peuvent pas être soudaines. Elles s’étendent toujours sur plus d’une génération. Les hommes vivants voient seulement de petites modifications partielles, non les transformations générales qui proviennent de la totalisation de ces modifications partielles pendant un long espace de temps. Nous percevons maintenant que les Italiens ne sont pas des Romains ; mais à aucune époque de leur histoire, les Italiens ne se sont aperçus du moment où ils ont cessé d’être des Romains. De là vient que l’opinion qu’on se forme sur la phase dans laquelle se trouve une nation à un moment donné est, en grande partie, subjective. La Restauration nous fait maintenant l’effet d’une période jeune. Mais Chateaubriand et de Sénancour pouvaient voir les choses d’une façon tout autre. On peut considérer aujourd’hui les Italiens comme une nation jeune puisque, depuis 1859, ils ont commencé une existence différente de celle de la période antérieure. Mais, à un autre point de vue, on peut les considérer aussi comme une nation arrivée à un âge fort avancé.

La conclusion est que quand une nation se sent jeune, elle est jeune ; quand elle se sent vieille, elle est vieille. Dans ce cas, comme dans tous les autres, les phénomènes sociaux se ramènent à des phénomènes psychiques.

Mais pourquoi une nation se sent-elle jeune à un certain moment et vieille à un certain autre ? Cela dépend de l’ensemble des événements historiques. Si un concours de circonstances heureuses amène une explosion d’idées libérales et progressistes, il se produit une période de renouveau, d’exubérance et de vigueur. Telle a été la situation de l’Europe vers 1860. Dans ces moments fortunés tous les cœurs s’ouvrent à l’espérance. Alors les sociétés se sentent jeunes parce qu’elles le deviennent en réalité, car les transformations sociales sont justement rapides dans les périodes progressistes. Si, au contraire, les conjonctures historiques amènent une recrudescence de courants réactionnaires (comme au jour où nous vivons), les hommes deviennent pessimistes et les nations se sentent vieilles. Tout cela confirme cette vérité banale en biologie comme en sociologie, que l’état d’un organisme dépend du milieu extérieur.

Que demain notre accablant militarisme soit vaincu, que la justice internationale remplace l’odieuse anarchie actuelle, les esprits renaîtront à l’espérance. Tout sentiment de dépression disparaîtra. Les sociétés civilisées se sentiront de nouveau pleines de sève, de jeunesse et d’entrain.

L’étude exacte des faits ouvre donc une grande porte à l’optimisme. Il suffira aux Européens de vouloir être jeunes pour le devenir.