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L’ÉTOURDI.


pée que ce jour là. Je ſonnai de grand matin ma femme de chambre, & je me fis apporter tous mes ajuſtemens. Je paſſai pluſieurs heures à me décider ſur le choix. Enfin la couleur gris-de-lin me fixa. L’on m’a dit pluſieurs fois que c’eſt celle qui fait le mieux reſſortir les charmes que je dois à la nature. Charmes dont je ne me plaignis jamais tant que ce même jour. À tout inſtant je conſultais mon miroir ; pour la premiere fois, j’eus de l’humeur contre ſa fidélité. Je ne me trouvais point aſſez jolie. Le ſentiment qui me faiſait agir m’était inconnu.

Je ſortis de bonne heure avec ma mere pour faire des viſites. Jamais elles ne m’avaient paru auſſi ennuyeuſes. Nous arrêtames chez Madame de Becni. Jugez de ma ſurpriſe lorſqu’on annonça celui pour qui je m’étais parée. À ſa vue, mon cœur me battit bien fort.

Il me ſemblait que la bienſéance exigeait qu’il nous parla. Il ne daigna pas nous dire un ſeul mot. Sa façon d’agir me chagrina ; & cette inquiétude me rendit d’abord ſérieuſe & rêveuſe. L’or-