Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/101

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE

— Ô dieux ! quelle injustice vous me faites, rigoureuse Dorimène, repartit Hïante, de croire que votre beau Céladon m’ait donné le moindre chatouillement ; ma foi ! c’est un beau flasque ; je veux cesser d’en dire tant de bien, et la première fois que la renommée me viendra importuner du récit de sa vigueur imaginaire, je lui saurai fort bien dire qu’elle en a menti, et que si elle avait été à la prison lorsque j’en sortis si mécontente, elle changerait bien de gamme. À peine a-t-il pu le faire un misérable coup, pendant que vos soupirs amoureux et vos petits cris de joie m’instruisaient assez des délices que vous donnait le vigoureux vieillard dont vous vous plaignez mal à propos. Voyez un peu, continua-t-elle, le beau divertissement à donner à une femme, qui a tous ses membres en bonne santé, que d’attacher ses jupes par-dessus sa tête et de carillonner sur ses fesses une heure entière ! Honni soit-il, le lâche qu’il est, et que si jamais il nous arrive de retourner en prison, je me garderai bien de tomber sous sa patte ; j’irais plutôt chercher le bonhomme à la barbe et aux cheveux blancs jusque dans la chapelle, que de m’exposer avec votre damoiseau à une nouvelle offense.

— Ah ! Hïante, reprit Dorimène, que ces discours avaient fait revenir de son chagrin, tu connais mal Céladon, et je sais bien ce qu’il sait faire. Il ne faut pas que tu sois étonnée du peu de contentement qu’il t’a donné, après t’avoir appris l’effort où je l’ai su porter