Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/137

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


et qui me serait plus cruelle mille fois que la mort si je la passais loin de celui qui me la fait trouver aimable. »

Ce discours fut sans doute poussé avec beaucoup de tendresse, et Amarante l’accompagna de toutes les grâces dont elle était capable. Elle aimait véritablement Céladon, et elle m’a juré depuis qu’elle se serait plutôt commise à toutes les bassesses du monde que de le quitter sans lui tenir compagnie. Céladon, au contraire, ne la trouvait pas supportable, mais la nécessité de ses affaires lui dénouait la langue à des douceurs où son âme n’avait aucunement part. Il savait bien qu’elle était en état de grossir sa bourse, et c’était ce qu’il lui fallait ; c’est pourquoi, après qu’il l’eut regardée d’une manière capable d’enflammer les glaçons de janvier :

« Je savais bien, lui dit-il, généreuse Amarante, que vous me faisiez l’honneur de m’aimer, mais je n’aurais jamais cru que vous m’eussiez voulu rendre si heureux ; cette faveur est au-dessus de mon mérite, et mon espérance ne trouvait point de degrés pour y monter. Mais enfin, puisque l’excès de ma bonne fortune vous aveugle jusqu’au point de me vouloir suivre, je n’ai garde de rejeter cette consommation de ma gloire, et je vous conjure, au nom de vos adorables appas, dont j’aurai un souvenir éternel, de me tenir parole.

— Je ne vous ai rien demandé où je n’aie mûrement