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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


accuse de n’avoir point d’amour véritable et de n’aimer que par caprice ; mais vous ne pourrez bientôt plus douter que je n’en aie un effectif. » En disant cela, elle porta le verre à sa bouche et avala cette grande verrée dont il était embelli, et parce qu’elle n’avait pu le vider si bien qu’il n’y fût resté quelques gouttes : « L’amour est petit, reprit-elle, et de peur qu’il ne se soit caché dans ce fond, il faut y donner bon ordre. » Alors elle acheva de rincer la dent et fit rire Céladon de tout son courage.

Lui qui la voyait en si bonne humeur : « Je pense, dit-il, que vous pisseriez maintenant une grande dallée, et moi qui en ai aussi envie, il faut faire venir un pot de chambre.

— Non, non, reprit-elle, faisons mieux, et gageons à qui pissera le plus loin.

— J’y consens, poursuivit Céladon, et je ne crois pas que vous me puissiez vaincre en ce genre d’adresse ; mais que voulez-vous gager ?

— Quatre f..tées, lui dit-elle, à payer sans attendre plus longtemps qu’après souper.

— Je n’en viendrais jamais à bout, continua Céladon, et soit que je gagnasse ou que je perdisse, ce serait toujours la même chose pour moi, je n’y aurais aucun profit : je suis un peu fatigué de ce matin, et vous m’obligerez de me laisser reposer.

— Eh bien ! vous me payerez à votre aise, lui répartit-elle ; voyons. » Cela dit, elle fut ouvrir les fenêtres et