Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/191

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


afin qu’à la faveur de son obscurité il put entrer dans sa maison sans être aperçu. Il était adroit, sut si bien prendre son temps qu’il exécuta son dessein et la trouva seule dans sa chambre. Il ne perdit point de temps dans une si belle occasion, et, par mille petites libertés qu’il prit, il réveilla dans son cœur une émotion secrète qui la fit changer de couleur plusieurs fois. Il pousse sa pointe, profite de cette faiblesse, fait agir quelque chose de plus fort et de plus pressant, à quoi elle ne put résister, et cette amoureuse personne se vit obligée de rendre les armes et la vie à son vainqueur par un doux trépas. Elle en revint encore plusieurs fois aux mains, et, tant que Cléandre eut de force et de vigueur, ce combat ne cessa point. Elle ne faisait que dire pendant la nuit que c’était une chose bien imaginée que l’homme, et qu’elle ne voyait rien dans le monde qui en égalât le mérite ; elle considérait avec curiosité ce que la Nature lui avait donné de plus qu’à elle, et n’y trouvait que des sujets d’admiration et de plaisir ; la joie où elle s’était trouvée dans toutes les attaques dont son amant était sorti si glorieusement la sollicitait continuellement à les recommencer ; elle semblait par sa défaite recouvrer de nouvelles forces. Il n’en était pas ainsi du pauvre Cléandre : il était épuisé et les forces lui manquaient. Il aurait bien voulu entrer de nouveau en lice, mais une loi naturelle et pleine de cruauté tout ensemble lui défendait de passer outre ; ce que

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