Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/209

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


ANTHONIN À LUPANIE

« Je croirais aimer en novice, madame, si, pour vous expliquer ma passion, je vous parlais de soupirs, de langueurs, de douces inquiétudes. Mon amour est trop mâle pour s’occuper à ces jeux enfantins ; il me faut du solide, et les regards languissants de ces amants visionnaires qui ne goûtent le plaisir d’être aimés que par imagination ne me touchent point. Ce beau feu que l’amour allume dans nos cœurs n’est pas fait pour s’évaporer par des regards languissants et par de tendres soupirs. La nature lui a donné un autre conduit plus commode et plus doux. Quand on est aimé de ces faibles amants, on doit s’en tenir à de simples paroles et à des protestations d’une tendresse chimérique ; c’est un crime d’État, parmi eux, de parler d’argent, et dès qu’on devient mercenaire, on est haïssable. Pour moi, qui en agis tout d’une autre manière et qui n’ai pas fait mon principal des soupirs, je veux vous offrir ma bourse, et si vous me donnez ce soir une heure, vous verrez mon fonds et ce que je puis faire pour vous.

« Anthonin. »

Elle fit cette réponse, qu’elle lui glissa secrètement dans sa poche, pendant qu’il jouait avec son mari :

« Quoique je n’ai pas bien compris le sens de votre lettre, j’y trouve pourtant quelque chose de fort