Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/217

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS

— Ah ! je l’avais prévu, madame, continua Nicaise, que votre vertu était trop sévère pour jamais souffrir l’aveu que je viens de vous faire de la forte passion que j’ai pour vous.

— Était-ce de moi, ajouta Lupanie toute surprise, que vous vouliez parler ?

— Ne déguisons rien, répartit Nicaise, vous ne l’avez que trop compris pour mon malheur.

— Eh bien ! si c’est de moi, répartit Lupanie, vous n’avez qu’à continuer votre discours, je vous le permets ; c’est bien faire des façons et parler avec obscurité d’une chose que l’on veut qu’on sache.

— Oui, madame, répliqua Nicaise, si vous connaissiez la pureté de mes désirs, Vous ne désapprouveriez jamais mon amour, puisqu’il est entièrement détaché du crime et que si vous aviez moins de vertu, vous me paraîtriez moins aimable !

Enfin, il n’employa tout le reste de cette conversation qu’à lui exagérer l’innocence de ses pensées, bien que Lupanie lui fit assez connaître, s’il l’eût observée, qu’elle ne le rechercherait pas là-dessus et que ce n’était pas là la plus belle partie qu’elle souhaitait chez un amant.

Une autre fois, comme elle était avec lui sensiblement touchée de voir que, nonobstant toutes les avances qu’elle lui avait faites, il s’était passé si peu de chose entre eux, elle résolut de lui découvrir si