Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/262

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

248
L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


baisa tant et de si bon cœur que je ne doutai point que je ne lui eusse rendu un très grand service. Elle ne m’apprenait point d’abord à quel usage elle avait destiné cette figure, elle se contentait de dire en la regardant : « Ah ! Margot, je vous tiens, et je vous ferai pour le moins autant de chagrin que j’en ai reçu de vous par le passé, ou vous marcherez à l’avenir droit en besogne. » Ce nom de Margot acheva de me rendre intelligible son grotesque dessein, mais je ne lui en voulus rien témoigner, afin d’avoir le plaisir de l’apprendre de sa propre bouche. « Ce n’est pas le tout, mon maître, me dit-elle, il faut faire un coup d’ami et préparer cette image à la manière de celles dont je vous ai tantôt parlé. Je suis toute à vous ; ne voulez-vous pas être aussi tout à moi et entrer dans mes volontés comme je suis rangée sous les vôtres ? Je ne vous déguise point que vous avez admirablement représenté la mère du marquis du Grand-Pérou, et que je lui veux jouer pièce, si elle continue à m’être désavantageuse ; donnez donc la dernière main à votre ouvrage et rendez Margot susceptible de tous les maux que je voudrais lui faire souffrir, s’il en est besoin pour mon repos. — Je suis plus obéissant que vous ne croyez, madame, répartis-je, et le charme y est déjà ; mais, de grâce, usez-en discrètement et ne faites pas à cette pauvre Margot tout le mal que vous lui pouvez faire : il faut avoir un peu de conscience en tout ce que l’on se propose, et c’est