Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/53

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


   Où peut-être je l’apprendrai
   Certaine intrigue assez secrète.




ÉGLOGUE


Sous un tendre alizier à qui le doux printemps
Avait déjà rendu ses embellissements,
Et sur qui Philomèle, en beaux accents fertiles,
Dégoisait tristement sa douloureuse bile,
Sur l’herbette émaillée, étendu mollement.
Le trop jaloux Lubin soupirait son tourment,
Et laissant ses brebis errer à l’aventure,
Préparait un discours d’une étrange nature
Contre l’ingratitude et le manque de foi
Dont il taxait Toinon qui lui donne la loi ;
Lorsque cette bergère, et fidèle et constante,
Qui n’avait rien commis d’indigne d’une amante,
Qui soupirait pour lui la nuit comme le jour,
Dont l’unique plaisir naissait de son amour,
Et qui n’aurait enfin pu passer la journée
Sans voir l’injuste objet dont elle est soupçonnée,
Après avoir mêlé ses moutons dans les siens,
Et flatté de la voix et de la main ses chiens,
D’un art plein de douceur vint à l’accoutumée,
S’asseoir près du flambeau dont elle est allumée.
Elle lui dit vingt fois : « Mon cher Lubin, bonjour ;
Bonjour, unique objet de mon fidèle amour ;
Bonjour, mon doux souci, bel aimant de mon âme ;
Doux appas de mon cœur, cher souffle de ma flamme,
Pour qui seul je languis, je brille et veux mourir,
Sans qui rien ne saurait m’aider ni secourir,