Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/131

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l’avait entièrement vidé, et pensait goûter en paix un sommeil doux et tranquille. L’audacieux Sarrasin lui tranche la tête. Le sang et le vin s’écoulent par une même blessure ; le corps en contient plus d’un baquet. Grillon rêvait qu’il buvait encore, lorsque Cloridan vint interrompre son rêve.

À côté de Grillon, il égorge en deux coups Andropon et Conrad, l’un Grec, l’autre Allemand. Tous les deux avaient passé une grande partie de la nuit à boire et à jouer. Heureux s’ils eussent su veiller jusqu’à l’heure où le soleil surgit à l’orient. Mais le destin ne pourrait rien sur les hommes, si chacun devinait l’avenir.

De même qu’un lion affamé, amaigri et altéré par un long jeûne, tue, déchire, dévore, et met en pièces le troupeau tombé sans défense en son pouvoir, ainsi le cruel païen égorge les nôtres pendant leur sommeil, et en fait partout un véritable massacre. L’épée de Médor ne reste pas inactive, mais elle dédaigne de frapper l’ignoble plèbe.

Médor arrive à la tente où le duc d’Albret dormait avec une sienne dame. Tous les deux se tenaient si étroitement enlacés, que l’air n’aurait pu se glisser entre eux. Médor leur abat la tête d’un seul coup. Ô mort heureuse, ô douce destinée ! Leurs âmes s’envolent vers leur nouvelle demeure, enlacées comme l’étaient leurs corps.

Il tue Malinde et son frère Ardalique, fils du comte de Flandre. L’un et l’autre avaient été faits nouvellement chevaliers par Charles, qui avait ajouté les lys à leurs armes, le jour où il les avait