Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/173

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armes à la main, comme un chevalier que je suis, bon ou mauvais, et non comme un coupable condamné par jugement, ou comme un vil animal voué au sacrifice. »

« La gentille Alexandra, émue de pitié pour le jouvenceau, avait les yeux humides de larmes ; elle répondit : « Bien que cette contrée soit plus cruelle que toute autre, je n’admets pas cependant que toutes les femmes y soient des Médées, comme tu le crois ; quand bien même elles seraient pis encore, moi seule voudrais faire exception entre toutes les autres.

« Et si je me suis montrée jusqu’ici impitoyable et cruelle comme toutes mes compagnes, je puis dire que c’est parce que je n’ai pas eu l’occasion de faire éclater ma pitié. Mais je serais plus enragée qu’un tigre, et j’aurais le cœur plus dur qu’un diamant, si ta beauté, ton courage et ta grâce ne m’avaient enlevé toute ma rudesse.

« Si la loi qui a été établie contre les étrangers n’était pas la plus forte, je n’hésiterais pas à racheter, au prix de ma mort, ta vie bien plus méritante que la mienne. Mais il n’est personne ici d’un rang assez élevé, qui puisse te donner une libre assistance ; et ce que tu demandes encore, bien que ce soit peu de chose, il sera difficile de l’obtenir.

« Cependant je verrai à faire que tu l’obtiennes, et que tu aies cette satisfaction avant de mourir ; mais je crains bien que tu n’en retires