Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/233

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Bradamante pria beaucoup Roger pour qu’il lui laissât l’honneur de jeter hors de selle le chevalier au beau vêtement parsemé de fleurs. Mais elle ne put rien obtenir, et elle dut se soumettre à la volonté de Roger qui tenait à tenter lui seul toute l’entreprise. Elle se tint donc à l’écart à regarder.

Roger demanda au vieux quel était le premier chevalier sorti par la porte du château. « C’est Sansonnet — dit celui-ci — je le reconnais à sa casaque rouge semée de fleurs blanches. » Les deux adversaires, sans se parler, prirent à droite et à gauche, puis ils se précipitèrent, lance baissée, au-devant l’un de l’autre, excitant leurs coursiers.

Sur ces entrefaites, Pinabel était sorti du château, suivi d’un grand nombre de gens à pied, prêts à enlever les armes des chevaliers désarçonnés. Les deux champions, pleins d’ardeur, venaient à la rencontre l’un de l’autre, armés de deux énormes lances en jeune chêne, grosses de deux palmes jusqu’à la naissance du fer.

Sansonnet en avait fait tailler plus de dix semblables dans les cépées d’une forêt voisine, et on en avait apporté deux pour le combat. Pour se garantir de leurs coups, il aurait fallu avoir un bouclier et une cuirasse en diamant. Aussitôt arrivé, Sansonnet en avait fait donner une à Roger, et avait gardé l’autre pour lui.

Armés de ces lances qui auraient traversé des enclumes, tellement elles avaient leurs extrémités armées d’un fer solide, ils se rencontrèrent au