Page:L’Arioste - Roland furieux, trad. Reynard, 1880, volume 2.djvu/238

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prêt à être enlevé, s’il en était besoin. Il s’en venait à la rencontre des trois chevaliers, couvert de ce même écu, comme je viens de le dire, et plein d’une telle ardeur, que ses trois adversaires ne lui paraissaient pas plus à craindre que de faibles enfants.

Roger frappe Griffon sur le bord de l’écu, à l’endroit où il touche à la visière du casque. Griffon chancelle un instant sur ses étriers, puis il tombe, et reste étendu loin de son destrier. La lance de Griffon touche l’écu de Roger ; mais, au lieu de le frapper perpendiculairement, elle glisse sur sa surface polie et lisse et produit un effet inattendu ;

Elle déchire le voile qui recouvrait la lumière enchantée et épouvantable, dont la splendeur faisait, sans que personne pût éviter ce sort, tomber ceux dont les yeux en étaient aveuglés. Aquilant, qui accourait de son côté, enlève le reste du voile, et découvre entièrement l’écu. La lumière frappe les deux frères dans les yeux, ainsi que Guidon qui venait par derrière eux.

De çà, de là, ils tombent tous à terre. L’écu ne leur éblouit pas seulement les yeux ; il leur enlève l’usage de tous leurs autres sens. Roger, qui ne s’est aperçu de rien, fait faire volte-face à son cheval, après avoir tiré son épée qui perce et taille si bien. Mais il ne voit personne venir à sa rencontre, tous ses adversaires étant par terre.

Il voit les chevaliers, les gens sortis à pied du château, les deux dames, et les destriers étendus à terre, et battant des flancs comme s’ils étaient